La croix huguenote

Tout ce que vous devez savoir

La croix de Malte, insigne des chevaliers de St Jean de Jérusalem, est la base de la croix huguenote à branches égales, évasées en leur sommets et échancrées. Durant plusieurs siècles, une multitude de pèlerins se recueillaient sur le tombeau de St Gilles.

Fondé vers l’an 1100, ce puissant prieuré fut le premier établissement fondé par les hospitaliers de St Jean. On peut donc facilement imaginer que les pieux pèlerins emportaient des croix identiques à celles des religieux en guise de souvenir de ce sanctuaire. La croix huguenote est peut-être le seul souvenir du puissant ordre religieux du moyen âge conservé dans nos populations.

Dès le XVIIème siècle, elle fit son apparition dans les provinces ecclésiastiques que les protestants nommaient : le Bas-Languedoc et les Cévennes. Celles-ci étaient délimitées au sud par la Méditerranée, à l’est par le Rhône, au nord par l’Ardèche ou la Cèze, au sud-ouest par l’Orb, au nord-ouest par les plateaux du Rouergue, les Causses et le Mont-Lozère ; région particulièrement desservie par les Pasteurs du Désert.

La croix huguenote sert exclusivement de signe de reconnaissance entre parpaillots de France à ses origines et de leurs descendants à l’étranger, mais doit constituer un témoignage évangélique. Elle était portée naguère dans les plaines, où les populations plus riches pouvaient s’offrir un tel bijou, alors que le St Esprit tout seul et sans ornement était porté dans la montagne. Les protestants ont été systématiquement exclus du droit de postuler ou de recevoir des décorations: – ordre du St Esprit institué par Henri II en 1578

  • Ordre de St Louis institué par Louis XIV en 1693
    Louis XV créa le Mérite Militaire en 1759 ; décoration destinée cette fois à récompenser des officiers protestants. Mais ces derniers n’étaient pas français d’origine, mais descendants de huguenots établis hors des frontières et y servant le roi de France dans les régiments étrangers.
    Un orfèvre protestant à l’esprit pratique et frondeur eut l’idée de créer, à l’usage de ses seuls coreligionnaires, un insigne dont la forme générale aurait l’avantage d’être familière, mais dont certains détails et une disposition originale rappelleraient sans les plagier, les décorations défendues. C’est ainsi que le nîmois Maystre, demeurant 4 rue du Marché, imagina vers 1688, de suspendre la colombe à une croix de Malte
    fleudelisée.
    Le peuple protestant s’enthousiasma pour un bijou dérivé de la plaque qui ornait la poitrine de ses principaux adversaires. On dirait vraiment que le peuple protestant, sur l’initiative de cet orfèvre, a voulu dire aux cent chevaliers, triés sur le volet, de l’ordre du St Esprit :
    Vous n’avez pas le monopole du St Esprit ! – Dieu a promis de le répandre sur toute créature. Nos prophètes, nos inspirés le possèdent autant sinon plus que vous ! – nous croyons au sacerdoce universel !…
    Des femmes protestantes choisirent cette croix de préférence à la croix latine, qui avait un caractère catholique affirmé, et dont Théodore de Bèze avait récusé la figure matérielle.

La beauté de la croix, bijou ou décoration d’église, est estimée à sa juste valeur. Non, comme artifice mais comme note d’espérence. Une façon peut-être de reconnaître ainsi le signe de la résurrection et celui de l’amour de Dieu qui transfigure l’événement tragique de la crucifixion.
Françoise Sternberger, responsable de l’animation universitaire protestante en région parisienne. (extrait de : Echanges – mars 99 – n° 232)

DESCRIPTIF

  • Fleurs de Lys stylisées : les protestants tenaient à proclamer malgré les persécutions, leur attachement au roi.
  • Rai de lumière évoquant la Trinité.
  • Les huit béatitudes de l’Evangile de Matthieu auraient été rajoutées sous forme de 8 boules.
  • La colombe représentant le St Esprit, venant du ciel vers la terre la tête en bas.
  • Hommage à la puissance de Dieu venant habiter dans le coeur de ceux qui l’évoquent.
    En se remémorant le texte biblique du déluge (Genèse, VIII v. 11), la colombe joue aussi le rôle de la messagère de délivrance.
  • La légende prétend qu’après la révocation de l’Edit de Nantes, la larme adjointe à la croix de Malte aurait symbolisé les pleurs de l’Eglise Réformée affligée ou langue de feu semblable à celle qui, à la Pentecôte, se posa sur la tête des disciples. Il s’agit en fait d’une ampoule représentant la fiole sacrée que l’on conservait dans la cathédrale de Reims. Elle était remplie d’une huile réputée intarissable et qui depuis, servit à sacrer tous les Rois de France. Par cette ampoule, les huguenots ont tenu à proclamer malgré les persécutions, leur attachement au roi, pour lequel il est bien connu, ils n’ont cessé de prier avec l’encouragement et l’exemple des synodes. Une Fleur du Désert

LA CROIX HUGUENOTE – Une Fleur du Désert

Sous la croix le triomphe, Per crucem ad lucem !

Relique vénérée au langage émouvant :

Tout un passé nous parle et redevient vivant !
Cette croix des aïeux, symbole d’espérance,
C’est la fleur du Désert, c’est une fleur de France.
Au pays cévenol la brise du Désert
Souffle comme autrefois sur Anduze et Vauvert ;
Une voix qui, là-bas, sans trêve se lamente,
Prolonge les échos de la grande tourmente !
Aigues-Mortes, bravant les ardeurs du soleil,
Dresse ses fiers remparts vers l’horizon vermeil
Et la Tour de Constance, avec ses meurtrières,

Se souvient des sanglots des tristes prisonnières !
Sur une ample Esplanade, au coeur de Montpellier,
Retentirent jadis les hymnes du Psautier
Qu’entonnaient en mourant les martyrs des Cévennes,
Les Majal, les Greniers et les Claude Brousson ;
Grandis par l’échafaud, ils dominaient les haines,
Et de nos libertés leur sang fut la rançon.
O glorieux berceau d’une race meurtrie
En défendant sa foi, douloureuse patrie
Du Désert où lutta l’Eglise sous la croix,
Gloire à ceux qui sont morts pour que vivent nos droits !
La croix de nos aïeux, du passé de souffrance
Évoquant leur calvaire, est une fleur de France ;
Et sa blanche colombe, emblème de l’Esprit,
Représente l’espoir qui jamais ne périt !

Edgar de VERNEJOUL
Extrait de « Le drame huguenot : dans la nuit de la terreur vers l’aube de la tolérence »

La Collection Alain Pasquet

  • Croix Réf. 05 et 06 : inspirée de la Croix du Languedoc
  • Croix Réf. 14 et 16 : inspirées de la croix Cévenole
  • Croix Réf. 17 et 22 : inspirées de la croix du Queyras portées à l’origine par les Vaudois des Alpes françaises.

Fleurs de Lys ou couronne d’épines ?

Les quatre liens entre les branches de la croix peuvent avoir deux significations que nous ne risquerons pas d’affirmer, chacun pouvant y trouver librement sa sensibilité !

  • 1ère hypothèse : Les fleurs de Lys exprimeraient la fidélité au Roi, quatre fleurs à trois pétales représentant les 12 apôtres.
  • 2ème hypothèse : Une forme où l’on peut imaginer une allusion à la couronne d’épine.

Elle rappelle la gloire promise à ceux qui ont souffert à cause de leur attachement au Christ, elle montre que le chrétien est à la fois aussi libre qu’un Roi et aussi esclave qu’un domestique.

La Badine

Cette croix Badine désignée également sous l’appellation de Jeannette fit son apparition dans le sud de la France, et principalement dans la région de Castres et Montauban.

A première vue sa forme rappelle celle de la croix latine. La pendeloque articulée sur sa partie inférieure remplace la colombe ; c’est ainsi que les protestants pouvaient se vanter d’avoir badiné les catholiques, ce qui signifiait : tromper gentiment, malicieusement.

Le modèle présenté en exclusivité par notre atelier, est serti de Rhodolites* d’une teinte rose ancien assez soutenue, très utilisés dans la joaillerie des XVIIIème et XIX ème siècles.

L’épaisseur confortable de ce modèle permet également de sertir à votre demande, des brillants sur les motifs reliant les branches de cette croix, particulièrement originale et raffinée.

« Une bonne résistance aux chocs et aux acides, la Rhodolite d’une densité de 3,75 à 3,90, appartient à la famille des Grenats – système cristallin cubique. Les principaux gisements actuels sont situés à Ceylan, en Rhodésie et aux U.S.A.(Caroline du Nord). »

Sources
B.S.H.P.F. tome LXXXI – 1932 – Raoul ALLIER (doyen de la la Faculté de Théologie de Paris)
La croix huguenote par André MAILHET – pasteur
La Croix Huguenote par Pierre BOURGUET Ed. Musée du Désert
etc…